Egalité professionnelle : ne pas reculer !

10 femmes politiques, dont 9 anciennes ministres, publient une tribune pour dénoncer le recul du gouvernement sur l’égalité professionnelle femmes – hommes.

Sur de très nombreux points, souvent sur l’essentiel, nous sommes en désaccord. Pourtant, en signant ce texte ensemble, nous voulons porter un message commun : la puissance publique ne peut reculer sur l’égalité professionnelle.

Dès 1972, l’égalité salariale entre femmes et hommes est affirmée dans notre droit. En 1983, le principe général de l’égalité professionnelle allant du recrutement à la rupture du contrat de travail est posé. Au fur et à mesure des années et souvent sous l’impulsion européenne, de nombreux projets et propositions de lois ont enrichi et précisé ce cadre légal devenant plus incitatif et contraignant, afin qu’employeurs et organisations syndicales se saisissent du sujet.

Force est de constater que ces outils sont encore insuffisamment utilisés dans les entreprises. Malgré l’élévation du niveau de formation des femmes, les écarts de salaires restent importants, même à poste égal. De nombreuses femmes restent cantonnées dans des métiers moins valorisés, où les bas salaires et la précarité de l’emploi sont souvent la règle. Elles composent une grande majorité des travailleurs à temps partiel. Si les emplois de cadres se féminisent peu à peu, le plafond de verre persiste en entreprise comme plus globalement dans notre société. Comme l’a récemment montré un rapport du Conseil Supérieur de l’égalité professionnelle, les stéréotypes sexistes constituent encore le quotidien de nombreuses salariées. Lorsque les femmes veulent entreprendre, les obstacles auxquels elles sont confrontées sont plus importants. En fin de carrière professionnelle, leurs pensions retraites sont souvent faibles.

Cette société n’est pas celle dans laquelle nous voulons que les générations futures grandissent.

Si nous sommes engagées en politique c’est que nous sommes convaincues que l’action publique peut changer le cours des choses. Elle a même le devoir de le faire.

Le projet de loi sur le dialogue social et l’emploi supprime deux outils indispensables de l’égalité professionnelle : la production par l’entreprise d’un document dédié, le Rapport de Situation Comparée et l’organisation d’une négociation spécifique. Ces outils garantissaient notamment la visibilité de la thématique dans l’entreprise. En matière d’égalité femmes – hommes, rendre visible les inégalités est une étape déterminante pour faire reculer l’ « illusion de l’égalité » et mobiliser les acteurs et actrices sur le sujet.

Nous avons mené dans nos vies politiques de nombreuses batailles pour l’égalité, notamment l’égalité professionnelle. Nous avons le sentiment d’assister aujourd’hui à un retour en arrière. Alors que tous les efforts doivent être maintenus pour faire progresser l’égalité professionnelle entre les femmes et hommes.  

 

Signataires :

Yvette Roudy, Nicole Ameline, Marie-Georges Buffet, Cécile Duflot, Aurélie Filippetti, Chantal Jouanno, Corinne Lepage, Catherine Vautrin, Rama Yade, Marie-Jo Zimmermann.